Ecran-clavier ou papier-crayon ? Dans la Tribune de Genève, du 12 février dernier petite contribution à un débat trop souvent rendu stérile par des positionnements extrêmes.
Le débat papier-crayon versus écran-clavier alimente trop souvent la vaine expression du « problème des écrans ». Les partisans du papier-crayon mettent en avant une meilleure mémorisation et attention qu’avec le clavier-écran et Sciences-Po Rennes impose même une prise de note sur papier dans certains cours.
L’étude la plus citée est celle de l’Université des Sciences et de Technologie de Trondheim en Norvège qui date de 2020. Basée sur 12 jeunes adultes et 12 enfants, elle montre une meilleure stimulation des réseaux cérébraux bénéfiques à la mémorisation lorsqu’on écrit à la main.
Mais de là à prétendre qu’on apprend mieux, il y a un pas qu’il faut peut-être éviter de franchir trop vite. Il suffit de se remémorer la scène d’école des “Quatre cents coups” de Truffaut pour rapidement se défaire du fantasme du « c’était mieux avant ». La prise de notes manuscrite reste en effet difficile pour les élèves et se résume parfois à des successions d’informations et de phrases, sans que l’ensemble ne puisse faire le moindre sens faute de structure globale rigoureuse. Dans ce contexte, qu’est-ce que l’élève mémorise ? Un charabia inefficient en évaluation dont résulte une situation absurde et décourageante.
Apprendre ne se résume pas à mémoriser : c’est entrer dans une démarche active et se mettre dans la posture de la résolution future d’un problème. Pour cela il faut s’approprier une leçon en la complétant, la reformulant, la réorganisant et surtout en la replaçant dans un cadre plus vaste qui donne du sens. Tout ce travail actif en aval du cours entre aussi dans le cadre des répétitions qui estompent la courbe de l’oubli.
On ne niera pas que la question de l’attention interroge. L’étudiant dont l’attention est sollicitée par ses mails, les réseaux sociaux ou la tentation de traîner sur internet n’est pas qu’un élève rêvasseur. Toute l’économie de l’attention épuise le cerveau comme le précise Célia Zolynski qui a récemment co-signé un livre* particulièrement intéressant : sans garde-fous institutionnels ou techniques, il y a bien réduction de la concentration cognitive.
Cependant, l’étude de l’Université de Trondheim conclut en préconisant un équilibre entre travail manuscrit et travail numérique pour tirer le meilleur parti de chacun. C’est ainsi qu’en secondaire 2, mes élèves de l’Institut International de Lancy sont initiés à la prise de notes sur un logiciel nommé Obsidian. Celui-ci permet de se couper du navigateur web et de ses notifications, d’approfondir son travail autonome et de reprendre facilement ses notes par la suite. Dans l’esprit « boite à idées » du sociologue Niklas Luhmann, l’élève définit des mots-clés, fait des liens entre ses notes pour construire un ensemble non plus fragmenté, mais mis en relation, faisant sens et qu’on peut retravailler par différentes voies.
C’est ainsi, par le choix pertinent des outils, qu’on aide l’élève à se réapproprier son apprentissage, à construire des savoirs en réseau et à préparer ses études supérieures.
*Pour une nouvelle culture de l’attention : Que faire de ces réseaux sociaux qui nous épuisent ? Odile Jacob, 2024


